Cour d’honneur de Jérôme Bel, ou le spectateur acteur

Cour d'honneur

Avignon 2013.

Curieux miroir proposé par Jérôme Bel. Un spectacle entier sur les sentiments des spectateurs dans ce lieu sacré du théâtre, La Cour d’honneur…

J’ai une étrange mémoire du théâtre. Souvent, je ne me souviens pas de répliques précises, ni même de l’intrigue. Je me souviens d’une atmosphère, ou de moments éclatés. Je garde, comme inscrites dans mon corps, les sensations que j’ai éprouvées devant un spectacle.

Plusieurs fragments.

La douceur de cette soirée de juillet. La première spectatrice qui s’avance sur scène nous donne à voir. Elle rappelle à quel point elle a été impressionnée, la première fois, lorsqu’elle a vu le grand mur de la Cour d’honneur. Elle se tait un moment. Contemplation du mur en silence. Tous les spectateurs regardent le mur dont elle parle – le regardent vraiment. Il était là avant qu’elle ne l’évoque. Depuis qu’elle en a parlé, il est imposant, écrasant, monumental. Il a la force d’un paysage naturel et éternel.

Le ravissement enfantin lorsque l’acrobate qui avait escaladé le mur de la Cour dans un spectacle de Castelluci réapparaît et recommence son ascension vertigineuse. Beauté de l’instant. Il se love dans les arabesques du mur et semble immatériel. Petite déception parce que, prévenue par le spectateur qui avait évoqué son plaisir et son effroi face à ce spectacle, je ne ressens plus tout à fait la même admiration…

L’importance que l’on s’accorde soudain à soi-même lorsque, ayant fait part de toutes leurs expériences, les spectateurs sur scène s’arrêtent et plongent leur regard dans la foule qui leur fait face. A leurs réminiscences, matérialisées de façon presque magique, se mêlent désormais les nôtres, nos souvenirs à nous, qui prennent à leur tour autant d’importance, et qui, pour un peu, pourraient se distinguer elles aussi, vivantes, dans la Cour d’honneur du palais des papes…

La diction étrange des comédiens sonorisés dans Casimir et Caroline de Johan Simons. Le silence entre les répliques, qui leur donne un poids religieux dans un univers de fête foraine mélancolique.

Le comédien assis sur le bord de la scène qui regarde tranquillement s’en aller les spectateurs dans Papperlapap de Marthaler et qui fait rire les autres, ceux qui sont restés – comme si le départ d’une partie du public était déjà prévu par le metteur en scène.

L’ennui profond devant La Mouette d’Arthur Nauzyciel qui se mêle, dans mon souvenir, avec le froid de plus en plus glaçant et les couvertures dans lesquelles on se réfugie avant de sombrer dans un profond sommeil…

Cour d’honneur de Jérôme Bel.

Mise en scène : Jérôme Bel.

Représentation du vendredi 19 juillet 2013 dans la Cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon.

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