Kabaret Warszawski ou la naissance de l’inquiétude

Kabaret

« Mon rêve, c’est de voir dans mon public des gens qui viennent de la rue et qui peut-être ne sont jamais allés au théâtre », dit Warlikowski lors d’une rencontre avec le public au festival d’Avignon (le 21 juillet 2013). « Je me demande si c’est possible pour eux d’y rester et d’apprécier, parce que c’est un langage très particulier… »

J’ai vu sa nouvelle pièce, Kabaret Warszawski… et, de fait, je n’ai pas tout compris. Mais c’est une pièce qui ne peut laisser indifférent, et qui fait penser, longtemps après avoir quitté le théâtre.

A chacun de tisser des lien, de trouver du sens, de se raccrocher à des éléments qui prennent une signification dans son propre univers mental. Tout a l’air formidablement décousu, et c’est la structure même du cabaret qui veut cela.

Ce sont les femmes qui, dans ce spectacle, m’ont intéressée. La plupart d’entre elles sont jeunes, très minces, très belles. Vêtues en artistes de cabaret, elles prennent souvent des poses suggestives, se baissant, remontant leurs jupes, attirant sans cesse le regard voyeur du spectateur. Un certain malaise s’installe. Pourquoi instrumentaliser à ce point le corps des comédiennes ? Et puis vient le personnage de Jacqueline Bonbon, la vieille meneuse de revue, congédiée, moquée, humiliée, dégradée. Elle aussi cherche à plaire. Elle aussi est court vêtue et se balance pour attirer les regards. Mais le spectateur est gêné : elle semble si âgée… Alors vient le temps de la réflexion. Comment mieux dire à quel point la société est cruelle à l’égard des femmes ? Le cabaret n’est qu’un miroir du monde, plus cru mais tout aussi violent, et la question de la valeur de la jeunesse se pose, encore aujourd’hui, beaucoup plus pour les femmes que pour les hommes.

Plus tard, dans la deuxième partie du spectacle, intervient une jeune sexologue qui ne parvient pas à éprouver de plaisir et qui en souffre au point que ce sont ses clients qui doivent écouter et prendre en charge sa douleur. Le discours qu’elle tient sur son désir d’atteindre la « norme », sur l’usure dans le couple ou sur la complexité de la sexualité féminine résonne étrangement au milieu d’une scène d’inversion qui, par ailleurs, pourrait sembler grotesque.

Mais c’est l’essence même du spectacle de Warlikowski. Chacun y retrouve ses propres angoisses, ses propres obsessions, pour peu qu’il cherche à donner sens aux numéros décalés et décousus de la pièce. Alors on quitte le théâtre, un peu plus inquiet qu’avant, peut-être…

Kabaret Warszawski de Krzysztof Warlikowski.

Mise en scène : Krzysztof Warlikowski.

Représentation du samedi 20 juillet 2013 à La Fabrica d’Avignon.

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