Olivier Py, poète adolescent, met en scène Alceste de Glück

Alceste Py 1

Olivier Py a parfois été plus inventif, mais son Alceste parvient aisément à captiver le spectateur.

L’intrigue de l’opéra de Glück est relativement simple – presque trop : le roi Admète se meurt. Touchés par les prières de sa femme, Alceste, les dieux décident de lui laisser la vie sauve à condition qu’un être humain se sacrifie pour lui. Nul n’accepte de mourir pour Admète… hormis Alceste.  Finalement, Hercule convainc les dieux de laisser vivre les deux époux.

La fragilité de l’argument est compensée par le plaisir que l’on éprouve à voir dessiner les décorateurs directement sur scène. Comme dans L’Ennemi du peuple d’Ostermeier présenté en Avignon en 2012, le décor est constitué en partie d’une ardoise géante. Les assistants décorateurs tracent à la craie des images sans cesse mouvantes qui accompagnent le déroulement de l’intrigue. Leur ballet, extrêmement réglé, est fascinant. Un regret pourtant : les dessins sont parfois trop illustratifs. Admète est malade : on dessine un coeur organique géant en attente de greffe. La mort rôde autour d’Alceste : une immense tête de mort apparaît sur l’ardoise. Nul distance entre le dessin et le spectacle. L’aspect métathéâtral de la première illustration – qui représente la façade extérieure du palais Garnier – n’est guère convaincant, même si l’aisance des décorateurs est séduisante. Les mots notés par les personnages au fur et à mesure de la représentation – « Prenez mon coeur », « la mort n’existe pas » – sont parfois plus dignes des citations qui ornent les chambres adolescentes que d’une véritable réflexion sur la pièce.

La façon dont Py traite les relations entre la reine, Alceste, et ses enfants, témoigne en revanche d’une lecture intéressante de l’opéra. Tout, dans le livret, montre qu’Alceste et Admète refusent la mort et la séparation. L’opéra peut se lire comme une victoire contre l’existence même de la mort. Et pourtant, à chaque fois que la reine chante le bonheur d’être avec ses enfants, ces derniers lui échappent, s’enfuient, courent à l’autre bout de la scène, jouent, s’indiffèrent. Pas de rébellion de leur part, mais un désintérêt manifeste.  Par de simples mouvements, Py dit la vérité, l’absence possible de réelle communion entre les êtres, l’impossibilité de la fusion, la réalité de l’absence à l’autre.

De nombreuses images restent en mémoire à la fin de la représentation. Sur un échafaudage, la Mort poursuit Alceste sans qu’Admète ne s’en aperçoive. Les trois personnages se suivent, se cherchent, s’évitent, se trouvent. La mort personnifiée n’a ni faux ni masque squelettique. Elle a le corps d’un danseur athlétique et est vêtue d’une longue robe noire qui se termine en cagoule. Elle n’a pas de visage et ne fait pas de gestes superflus. Sa grâce lui donne un aspect extraordinairement familier mais son anonymat est profondément glaçant. Attachée aux pas d’Alceste tout en restant à une certaine distance, elle est belle et extraordinairement terrifiante à la fois.

Sublime ce passage où Alceste, sur l’avant-scène, chante les amours naissantes de ceux qui lui survivront. On entend, au loin, la voix joyeuse du choeur. Alceste écoute ces bribes de vie comme s’il s’agissait déjà de son passé. A côté d’elle, un couple, jeune et couvert de fleurs, danse, insouciant, heureux, entièrement dans le présent d’un amour qui, lui aussi, s’éteindra…

 

Alceste de Christoph Willibald Glück

Mise en scène : Olivier Py.

Direction musicale : Marc Minkowski.

Décors et costumes : Pierre-André Weitz.

Représentation du mercredi 25 septembre au Palais Garnier.

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