L’Ecole des femmes de Philippe Adrien : une mise en scène classique et loufoque à la fois

L'Ecole des femmes 1

Philippe Adrien transpose l’intrigue de L’Ecole des femmes dans l’Amérique puritaine du début du XXème siècle. L’idée pourrait paraître surprenante – voire loufoque, surtout lorsque l’on voit apparaître, à la fin de la pièce, deux amish (Enrique et Oronte) qui viennent résoudre toute l’intrigue amoureuse. La chose est cocasse, mais bienvenue : l’invraisemblance du coup de théâtre est rendue, visuellement, par la bizarrerie des costumes, des bretelles et des barbes postiches.

Le décor, très champêtre, permet de belles trouvailles. La première image, en particulier, est très réussie. Les paysans, Alain et Georgette, ne sont visibles qu’en ombre chinoise. Ils brandissent un chaton mort et l’enterrent. La scène, muette, tient de l’illustration de conte pour enfant ou de la lanterne magique et le public – qui sait par avance que « le petit chat est mort » – apprécie le clin d’oeil.

Le danger pouvait venir des jeunes premiers : leurs rôles, pleins de naïveté, risquaient de tourner très vite au ridicule. Les premières paroles d’Agnès, prononcées d’un air niais du haut d’une fenêtre, faisaient craindre le pire : elle s’adressait à Arnolphe d’une voix ralentie, un sourire aux lèvres, sans le regarder, comme sous l’emprise d’une substance illicite. La comédienne, Valentine Galey, donne cependant de plus en plus d’ampleur à son personnage. Lorsqu’elle raconte à Arnolphe la façon dont elle s’est fait aborder par une entremetteuse, la scène est jubilatoire. Elle prend un plaisir non dissimulé à imiter les propos de la vieille et rejoue toute son entrevue en se saisissant complaisamment de tous les rôles. Elle montre par là à quel point Agnès est, malgré son apparente naïveté, double, complexe – comédienne, en un mot. Son jeune amant, Horace, incarné par Pierre Lefebvre, est moins convaincant. Fort de son enthousiasme de jeune premier, il rit un peu trop et de façon artificielle. Au lieu de voir un amoureux transi, on voit un comédien qui joue l’amoureux, gambadant, un sourire jusqu’aux oreilles. On s’attacherait davantage à lui s’il faisait preuve de plus de retenue.

Le couple des paysans, Alain et Georgette, est traité sur le mode burlesque. On pourrait s’en étonner. Cela crée une nette rupture avec les autres personnages… mais le contraste est intéressant. Agnès est gardée par des êtres dont Arnolphe dit qu’ils sont aussi simples qu’elles. Leur attitude clownesque, leur rapacité et leur absence de conscience de l’autre les rend surtout particulièrement inquiétants, et l’on comprend que le choix effectué par Arnolphe n’est pas le plus pertinent : on n’éduque pas par la sottise, qui n’est pas bonne conseillère. Alain, joué par Gilles Comode, est très réussi : il roule des yeux énormes, triture son béret entre ses mains et fait immédiatement rire par sa présence. Le jeu de Georgette, incarnée par Joanna Jianoux, est un peu moins intéressant. Peut-être cherche-t-elle à en faire trop…

Malgré ces quelques disparités dans le jeu des comédiens, la mise en scène de Philippe Adrien est assez réjouissante et fait bien entendre le propos de l’oeuvre. Il est rafraîchissant de retourner, de temps en temps, voir une pièce de Molière que l’on pensait bien connaître. On s’étonne à nouveau de la modernité de son discours, que l’on avait oubliée, enfouie derrière les répliques les plus connues – « il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné » – que l’on attendait de savourer comme des bonbons anciens. Les propos d’Arnolphe sur l’inégalité entre les hommes et les femmes paraissent – hélas – plus que jamais d’actualité.

L’Ecole des femmes de Molière.

Mise en scène : Philippe Adrien.

Représentation du mercredi 30 octobre 2013 au théâtre de la Tempête.

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